Olivier Gaillard
Député de la 5ème Circonscription du Gard

Au national

Oui, le vélo est un vrai moyen de transport. Non, il n’est pas limité aux citadins mais il est aussi pertinent dans les territoires périurbains et ruraux. Oui, il est grand temps de mener une véritable politique de promotion de l’usage du vélo et d’en faire un mode de déplacement au cœur de la mobilité du quotidien !

 

Nous, parlementaires de sensibilités politiques variées mais rassemblés par la conviction que le vélo est un mode de déplacement d’avenir, appelons le gouvernement à mener un grand plan vélo ambitieux dans le cadre de la future loi d’orientation des mobilités. Le vélo ne présente que des bénéfices : il est simple d’utilisation, peu onéreux, rapide, pratique, en phase avec son époque, s’adressant à tous sans distinction sociale et géographique et bon pour la santé.

Les collectivités locales prennent aujourd’hui une large part mais ne peuvent pas porter à elles seules cet enjeu national. L’Etat doit renforcer la dynamique et les financements. Le développement du vélo croise de nombreux enjeux nationaux et locaux : l’accès à la mobilité pour tous, la lutte contre l’enclavement, la solidarité, la santé, l’accès à l’emploi, l’optimisation des infrastructures, la décongestion et la lutte contre le réchauffement climatique.

Nous avons en France 20 ans de retard par rapport aux autres pays européens où l’usage du vélo est beaucoup plus répandu. Ce retard n’est pas une fatalité. Les pays qui ont porté cette ambition présentent aujourd’hui des parts modales vélo élevées (26 % aux Pays-Bas, 19% au Danemark et 10% en Allemagne), contre moins de 3% en France. La voiture est encore en France le moyen de transport le plus utilisé pour aller travailler, même pour des trajets très courts. Plus de 70% des personnes ayant moins de 5 kilomètres de parcours domicile-travail utilisent la voiture comme mode de déplacement, cela n’est plus tolérable !

 

Durant des décennies, l’usage quasi exclusif de l’automobile a été considéré comme normal. Le tout-voiture est aujourd’hui dans une impasse, dans un contexte de saturation des routes, de la hausse du prix des carburants et de la nécessaire réduction des émissions de CO2. Face à ces défis, le vélo est sans aucun doute une solution de transport que l’on ne peut plus négliger comme alternative à la voiture individuelle.

Une volonté des pouvoirs publics d’investir dans des infrastructures est essentielle afin de développer l’usage du vélo. Nous souhaitons ainsi le développement de liaisons dites « autoroutes vélo » entre différents pôles de vie sur un même territoire. Entre deux bourgs distants de quelques kilomètres, une piste cyclable sans coupures à côté d’une départementale n’est pas une utopie : il est primordial de travailler au plus près des territoires pour construire des voies et infrastructures afin de faciliter ces déplacements quotidiens. Nous sommes également convaincus que les gares doivent devenir des pôles d’échanges multimodaux, particulièrement dans les territoires ruraux, où le vélo a un rôle central à jouer. Pour développer l’intermodalité train-vélo, des investissements doivent être réalisés, notamment dans des itinéraires cyclables afin d’améliorer l’accessibilité des gares et dans des parkings à vélos. Nous sommes convaincus que le déploiement d’infrastructures dédiées permettra la résorption de « zones blanches » de la mobilité dans certains territoires aujourd’hui en marge de l’offre de mobilité. Par ailleurs, il est nécessaire de donner aux territoires les moyens de mettre en œuvre au plus vite le Schéma National des Véloroutes et Voies Vertes (SN3V), schéma d’aménagement du

territoire qui prévoit la réalisation d’un large réseau cyclable et qui est l'occasion idéale de doter les territoires d'infrastructures structurantes utilisables au quotidien.

Pour déployer toutes les infrastructures nécessaires dans nos territoires, le rapport du Conseil d’Orientation des Infrastructures (COI) a préconisé la mise en place d’un Plan Vélo de 350 millions d’euros sur quatre ans. Cette enveloppe financière, engagement fort à retranscrire dans la future loi d’orientation des mobilités, serait à la hauteur du retard accumulé. Elle est la condition sine qua non d’une multiplication par trois de la part modale du vélo pour la prochaine décennie. Nous souhaitons la mise en place d’appels à projets réguliers qui permettront aussi aux petites communes de se mobiliser, alors que pour la plupart d’entre elles, les aménagements cyclables sont aujourd’hui trop onéreux.

Le vélo est à mettre au cœur de la mobilité quotidienne, qui rend possible la mobilité professionnelle et sociale. Sept millions d’actifs sont actuellement en situation de « précarité mobilité », situation qui se traduit par une exclusion du marché du travail en l’absence de solutions de transport et qui concerne principalement les femmes et les jeunes. Un jeune sur quatre a refusé en 2017 un emploi ou une formation faute de moyen de transport, ce n’est pas acceptable ! La mobilité s’avère être l’un des premiers facteurs du retour et du maintien à l’emploi, particulièrement dans les territoires périurbains ou ruraux peu denses abritant une population très dépendante de la voiture individuelle. Nous sommes convaincus que le déploiement du vélo, dont ceux à assistance électrique, offrirait une réponse adaptée au défi de ne laisser personne sans solution de mobilité. D’ailleurs, il faudra évaluer les effets de la nouvelle aide nationale à l’achat d’un vélo à assistance électrique (VAE) dont la mise en place peut sembler complexe et restrictive ; le VAE constitue pourtant un mode de déplacement pertinent à revaloriser.

Plus essentiel encore, nous espérons que, dans la loi d’orientation des mobilités, le gouvernement prépare la généralisation pour tous les employeurs privés et publics, dès 2019, de l’indemnité kilométrique vélo (IKV) qui permet aux salariés d’être indemnisés par leur employeur pour leurs déplacements effectués à vélo entre leur domicile et leur lieu de travail. Sans attendre cette généralisation, il faut engager des démarches vertueuses et notamment publier le décret déjà rédigé pour offrir cette possibilité aux fonctionnaires. La publication de ce décret constituerait une réponse à l’engouement pour l’IKV d’un nombre croissant de municipalités qui se mobilisent actuellement pour cette mesure, à l’instar d’Angers, de Nantes et de Rennes qui ont annoncé la mise en place prochaine de l’IKV pour leurs agents.

Ce plan vélo doit être complet et doit s’accompagner de mesures de sécurité routière. Il s’inscrit parfaitement dans la généralisation du « savoir rouler » annoncé par le Gouvernement dans le cadre de l’extension d'un dispositif d'apprentissage du vélo à l'école primaire et du plan de « remise en selle » pour accompagner la pratique du vélo en toute sécurité. Cette mesure est essentielle pour permettre à tous d’accéder à la pratique du vélo et favoriser ainsi l'émergence d'une « génération vélo ». Elle doit également s’accompagner d’une poursuite des efforts visant à rendre les autres modes de transport moins dangereux pour les cyclistes. Dans cette logique, nous espérons voir dans la future loi d’orientation des mobilités des dispositions relatives au renforcement de la sécurité routière, particulièrement les composantes d’un Code de la rue afin de faire évoluer la réglementation en l'adaptant aux besoins de tous les usagers de l'espace public, notamment les cyclistes.

Nous appelons à une véritable mobilisation de l’Etat, aux côtés des collectivités territoriales, pour accélérer la pratique du vélo dans notre société. Un engagement de la part des acteurs publics est absolument nécessaire pour favoriser l’usage du vélo et rattraper le retard incompréhensible pris en la matière. Un portage politique fort est impératif pour regarder le vélo, non plus avec condescendance, mais comme un mode de mobilité d’avenir.


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